Les pièces Staunton, du modèle de 1849 à votre salon
Quand on parle de « pièces d'échecs », on décrit en réalité un modèle précis, dessiné à Londres au milieu du XIXe siècle et devenu depuis la seule forme admise en compétition. Comprendre d'où il vient explique la plupart des choix d'achat : pourquoi un cavalier coûte plus cher qu'une tour, pourquoi deux jeux annoncés « Staunton » n'ont rien à voir, et pourquoi la taille du roi est la seule mesure qui compte vraiment.
Cette page traite l'origine, les repères de taille et les indices de qualité du tournage. Pour le choix du matériau, voyez nos pages dédiées aux pièces en bois et aux pièces en métal.
Une invention de 1849, et une opération commerciale réussie
Le dessin est attribué à Nathaniel Cooke, et commercialisé à partir de 1849 par la maison londonienne Jaques of London. Le nom vient de Howard Staunton, joueur dominant de l'époque, qui soutint publiquement le modèle : son nom figurait sur l'étiquette des premières boîtes. On tenait là un objet à la fois nouveau et immédiatement familier.
Avant 1849, chaque atelier avait ses formes : pièces effilées à l'anglaise, jeux Régence français à têtes plates, modèles indiens ornementés. Deux joueurs arrivant avec leurs jeux respectifs pouvaient sincèrement confondre un fou et une dame. Le Staunton a réglé le problème par un système de signes : la mitre fendue du fou, la couronne à créneaux de la dame, la croix du roi, la tête de cheval du cavalier. Chaque symbole se lit de loin, en une fraction de seconde, et de n'importe quel angle de table.
Le second argument, moins raconté, est mécanique. Les bases sont larges et le centre de gravité bas : on pose une pièce d'une main sans la caler. Sur un plateau bousculé par une pendule, cela change tout. C'est ce mélange de lisibilité et de stabilité qui a rendu le modèle inévitable, bien avant qu'aucune fédération ne l'impose.
Comprendre les tailles : le roi, rien que le roi
Un jeu Staunton se désigne par la hauteur de son roi, en millimètres. Les quatre repères que vous croiserez le plus :
- 76 mm : petit format de table ou de voyage, pour cases de 40–45 mm.
- 90 mm : le standard maison, parfait sur un plateau à cases de 50 mm.
- 95 mm : la taille club et tournoi, sur cases de 50 à 55 mm.
- 102 mm : grands plateaux de salon à cases de 55–60 mm, présence maximale.
Les vendeurs indiens et britanniques utilisent aussi une numérotation d'atelier : un « Staunton n°5 » tourne autour de 90 mm de roi, un « n°6 » autour de 95 mm, un « n°3 » vers 76 mm. Ces numéros ne sont normalisés par personne : ils varient d'un fabricant à l'autre de quelques millimètres. Ne commandez jamais sur le numéro seul, exigez la hauteur du roi et surtout le diamètre de sa base, qui doit occuper environ 78 % de la case. Le détail de l'accord pièces/plateau est traité dans notre guide des tailles.
Le cavalier trahit la qualité du jeu
Toutes les autres pièces sortent d'un tour : un ouvrier moyen les réussit. Le cavalier, lui, est sculpté ou fraisé, puis repris à la main. C'est donc lui qu'il faut regarder sur les photos avant d'acheter.
- La crinière : sur un bon jeu, les mèches sont creusées et nettes ; sur une copie, c'est une masse molle à peine rainurée.
- Le chanfrein et l'œil : un naseau marqué et un œil défini donnent le caractère ; leur absence donne ce regard fondu des jeux bon marché.
- La symétrie de la paire : posez les deux cavaliers d'une même couleur face à face. Ils doivent se ressembler, pas être jumeaux, mais ne pas diverger de plus de deux millimètres en hauteur.
- L'inclinaison : un cavalier qui penche en avant est mal collé sur sa base et finira par se déchausser.
Deuxième marqueur, plus rapide encore : la couronne de la dame. Ses créneaux doivent être percés proprement, avec des angles vifs. Fondus et arrondis, ils signalent un moulage grossier ou un ponçage expédié. Sur les jeux dits « Staunton » à 15 €, les fous ont souvent une fente symbolique de deux millimètres, les tours des créneaux dessinés plutôt que creusés, et les rois une croix rapportée qui se détache dès la première chute. Ce sont de bons jeux d'appoint pour un club de scolaires, pas des pièces à offrir.
| Modèle | Pour qui ? | Points forts | Prix |
|---|---|---|---|
| Staunton plastique roi 95 mm lesté Standard club | Tournoi, blitz, matériel collectif | Proportions homologuées, incassable, sac inclus | Voir sur Amazon |
| Staunton bois roi 76 mm Petits plateaux | Cases 40–45 mm, coffrets pliables | Format compact, bon tournage pour le prix | Voir sur Amazon |
| Staunton n°5 buis et ébonisé, roi 90 mm Meilleur compromis | Jeu quotidien à la maison | Double lest, feutrine, cavaliers repris à la main | Voir sur Amazon |
| Staunton n°6 roi 95 mm, quatre dames Notre préféré | Joueur régulier, beau plateau 55 mm | Triple lest, dames de rechange, coffret doublé | Voir sur Amazon |
| Staunton sculpté roi 102 mm Haut de gamme | Cadeau, vitrine, grands plateaux | Cavaliers très détaillés, essences nobles, finition satinée | Voir sur Amazon |
Questions fréquentes
Le modèle Staunton est-il obligatoire en compétition ?
Oui pour les parties homologuées : les règlements imposent un jeu de type Staunton, de proportions raisonnables, dans deux teintes bien contrastées. Les jeux à thème ou fantaisie restent réservés à la maison, même s'ils sont superbes.
Pourquoi Howard Staunton a-t-il donné son nom à des pièces qu'il n'a pas dessinées ?
C'était un accord de promotion : le joueur le plus connu de son époque cautionnait le modèle, en échange d'une contrepartie sur les ventes. Le dessin lui-même est attribué à Nathaniel Cooke, et la fabrication à Jaques of London.
Faut-il payer plus cher pour un jeu à quatre dames ?
Cela vaut quelques euros de plus si vous jouez sérieusement : la promotion du pion arrive plus souvent qu'on ne croit, et retourner une tour capturée pour figurer une dame est une source d'erreurs.
Pour aller plus loin
En tant que Partenaire Amazon, echiquier.org réalise un bénéfice sur les achats remplissant les conditions requises. Cela ne change rien au prix que vous payez et finance nos guides indépendants.